Pourquoi les passoires thermiques disparaissent du marché locatif

Depuis la loi Climat et Résilience de 2021, la France interdit progressivement la location des logements les plus énergivores. L'objectif : forcer la rénovation du parc locatif privé en conditionnant le droit de louer à un niveau minimal de performance énergétique, mesuré par le DPE (Diagnostic de Performance Énergétique).

Ce calendrier concerne des millions de propriétaires bailleurs, en location nue comme en location meublée classique. Voici où on en est concrètement à l'été 2026.

💡 Décence énergétique

Depuis 2023, un logement est considéré comme indécent au sens de la loi s'il dépasse un seuil de consommation d'énergie finale. Ce seuil correspond aujourd'hui aux classes DPE F et G selon le calendrier ci-dessous — un critère qui s'ajoute aux critères de décence existants (surface, sécurité, absence de nuisibles, etc.).

Le calendrier d'interdiction, classe par classe

Le calendrier fixé par la loi Climat et Résilience s'applique aux nouveaux baux ainsi qu'aux renouvellements et reconductions tacites conclus après chaque échéance.

Classe DPE France métropolitaine Outre-mer
G (passoire extrême) Interdit depuis le 1ᵉʳ janvier 2025 Interdit à partir du 1ᵉʳ janvier 2028
F Interdit à partir du 1ᵉʳ janvier 2028 Interdit à partir du 1ᵉʳ janvier 2031
E Interdit à partir du 1ᵉʳ janvier 2034 Interdit à partir du 1ᵉʳ janvier 2034
D, C, B, A Aucune interdiction prévue à ce jour Aucune interdiction prévue à ce jour

En 2026, seuls les logements classés G sont donc effectivement interdits à la location pour un nouveau bail ou un renouvellement en métropole. Les logements F restent louables jusqu'au 31 décembre 2027 — mais l'échéance approche vite pour qui envisage encore des travaux.

Ce que "interdit à la location" veut dire concrètement

  • L'interdiction s'applique aux nouveaux baux signés après la date seuil, ainsi qu'aux renouvellements et reconductions tacites.
  • Un bail en cours n'est pas résilié automatiquement, mais le locataire peut invoquer un défaut de décence énergétique pour agir en justice.
  • Le dispositif concerne la location à usage de résidence principale (nue ou meublée, régie par la loi de 1989). Les locations saisonnières de courte durée relèvent d'un régime différent — voir notre guide sur la fiscalité des meublés de tourisme.

La réforme du DPE au 1ᵉʳ janvier 2026 : une bonne nouvelle pour le chauffage électrique

Un changement méthodologique important est entré en vigueur au 1ᵉʳ janvier 2026 : le coefficient de conversion de l'électricité utilisé dans le calcul du DPE a été abaissé (de 2,3 à 1,9). Concrètement, l'électricité "pèse" désormais moins lourd dans le calcul de la consommation d'énergie primaire.

✅ Un reclassement automatique pour beaucoup de logements électriques

Cette réforme a fait sortir plusieurs centaines de milliers de logements chauffés à l'électricité des classes F et G, sans qu'aucun travaux n'ait été réalisé. Si votre bien est chauffé à l'électricité et que son DPE date d'avant 2026, il est fortement recommandé de le faire refaire : vous êtes peut-être déjà reclassé en E, D voire mieux, et le logement redevient alors louable sans contrainte.

À l'inverse, cette réforme ne change rien pour les logements chauffés au fioul, au gaz ou par un chauffage collectif ancien — pour eux, seuls des travaux de rénovation énergétique permettent de sortir des classes F et G.

Vérifiez votre situation

Indiquez la classe DPE actuelle de votre logement et son mode de chauffage principal pour connaître votre situation.

🌡️ Vérificateur DPE
Situation actuelle du logement
Telle qu'indiquée sur votre diagnostic en cours de validité
Utile car la réforme 2026 concerne surtout l'électrique
⚠️ Vérifiez toujours les seuils en vigueur

Ce vérificateur donne une orientation générale basée sur le calendrier légal actuel, qui peut évoluer (des dérogations et aménagements sont régulièrement discutés au Parlement, notamment pour les copropriétés en difficulté ou les contraintes patrimoniales). Les seuils, dérogations et sanctions exactes doivent toujours être vérifiés sur service-public.fr, impots.gouv.fr ou auprès d'un professionnel avant toute décision — notamment avant de renouveler ou de résilier un bail.

Un exemple concret

📋 Exemple — Sophie, studio classé G chauffé à l'électricité à Lyon

Sophie loue un studio classé G depuis 2019, chauffé par des convecteurs électriques. Fin 2025, son DPE datant de 2021 lui interdit théoriquement de renouveler le bail de sa locataire.

Elle fait réaliser un nouveau DPE début 2026, après la réforme du coefficient électrique. Résultat : son logement repasse en classe E sans qu'aucun travaux n'ait été effectué — uniquement grâce au nouveau mode de calcul. Elle peut donc renouveler le bail sereinement, tout en sachant qu'elle devra anticiper des travaux avant 2034.

Le réflexe à avoir en 2026 : pour tout logement électrique classé F ou G avec un DPE de plus de 2 ou 3 ans, un nouveau diagnostic peut suffire à débloquer la situation, avant même d'envisager des travaux.

Dérogations et cas particuliers

Le calendrier légal n'est pas totalement rigide. Plusieurs situations permettent d'obtenir un délai ou une exemption, sous conditions :

  • Impossibilité technique ou architecturale : attestée par un professionnel (bâtiment classé, contrainte de façade, copropriété qui refuse les travaux en assemblée générale…).
  • Coût manifestement disproportionné : lorsque le montant des travaux nécessaires dépasse une part significative de la valeur vénale du bien.
  • Copropriétés engagées dans un plan de travaux : des sursis peuvent être accordés le temps que les travaux collectifs (façade, chauffage collectif) soient réalisés.

Ces dérogations font l'objet de débats parlementaires réguliers et leurs conditions précises évoluent — d'où l'importance de vérifier l'état du droit en vigueur au moment où vous en avez besoin, plutôt que de se fier à un article daté.

Que risque un bailleur qui loue un logement interdit ?

Louer un logement classé G (ou F après 2028) via un nouveau bail ou un renouvellement expose le propriétaire à un contentieux locatif, pas à une amende automatique. Le locataire peut saisir le juge des contentieux de la protection pour :

  • Exiger la réalisation des travaux nécessaires, au besoin sous astreinte journalière en cas d'inaction.
  • Obtenir une diminution du loyer pendant la durée du litige (souvent de l'ordre de 10 à 25 %, selon les décisions des tribunaux).
  • Demander la résiliation du bail aux torts du bailleur, avec dommages et intérêts et prise en charge des frais de déménagement.

Comment anticiper : diagnostic, travaux et aides

  • Refaites votre DPE si votre logement est électrique et que le diagnostic date d'avant 2026 — c'est souvent l'action la plus rapide et la moins coûteuse.
  • Chiffrez les travaux prioritaires (isolation, chauffage) via un audit énergétique, obligatoire pour la vente de nombreux logements F et G et vivement conseillé avant location.
  • Mobilisez les aides disponibles : MaPrimeRénov', l'éco-prêt à taux zéro (éco-PTZ) et certaines aides locales peuvent financer une partie significative des travaux de rénovation énergétique.
  • Suivez vos échéances : date de validité du DPE, date de fin de bail, date de renouvellement — pour ne pas découvrir l'interdiction au moment de signer.
✅ Bonne pratique

Les travaux de rénovation énergétique sur un bien loué sont en principe des charges déductibles de vos revenus fonciers, et peuvent générer un déficit foncier imputable sur votre revenu global. Centraliser vos biens, vos travaux et vos échéances de DPE au même endroit permet d'anticiper ces investissements plutôt que de les subir.

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Questions fréquentes

Qu'est-ce qu'une "passoire thermique" au sens du DPE ?

C'est un logement classé F ou G au Diagnostic de Performance Énergétique (DPE), c'est-à-dire dont la consommation d'énergie et les émissions de gaz à effet de serre sont parmi les plus élevées du parc immobilier. La loi Climat et Résilience de 2021 interdit progressivement leur mise en location.

Le DPE G est-il déjà interdit à la location en 2026 ?

Oui. Depuis le 1ᵉʳ janvier 2025, les logements classés G ne peuvent plus être proposés à la location dans le cadre d'un nouveau bail, d'un renouvellement ou d'une reconduction tacite, en France métropolitaine.

Le DPE F est-il déjà interdit à la location en 2026 ?

Non, pas encore. L'interdiction des logements classés F entre en vigueur au 1ᵉʳ janvier 2028 en métropole. En 2026, un logement F reste louable, mais il est fortement recommandé d'anticiper les travaux avant cette échéance.

Cette interdiction s'applique-t-elle aux baux en cours ?

Non. L'interdiction ne s'applique qu'aux nouveaux contrats de location ainsi qu'aux renouvellements et reconductions tacites conclus après la date d'entrée en vigueur du seuil. Un bail en cours n'est pas automatiquement résilié, mais le locataire peut faire valoir un défaut de décence énergétique.

La réforme du DPE 2026 change-t-elle mon classement ?

Elle peut le changer si votre logement est chauffé à l'électricité. Depuis le 1ᵉʳ janvier 2026, le coefficient de conversion de l'électricité utilisé dans le calcul du DPE a été abaissé, ce qui a fait sortir plusieurs centaines de milliers de logements électriques des classes F et G sans qu'aucun travaux n'ait été réalisé. Un nouveau DPE peut être nécessaire pour en bénéficier officiellement.

Que risque un propriétaire qui loue malgré l'interdiction ?

Le locataire peut saisir le juge des contentieux de la protection pour exiger la réalisation de travaux (au besoin sous astreinte), obtenir une diminution du loyer pendant la durée du litige, voire demander la résiliation du bail aux torts du bailleur avec versement de dommages et intérêts.

Guides complémentaires
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